Evènements du Conseil - Histoire D’une Epopée Personnelle

Un grand monsieur nous a quitté

 

Ce sont plus de 200 personnes, architectes, promoteurs, personnalités de la communauté juive qui sont venus rendre un dernier hommage à notre regretté Elie Azagury, lors de l’inauguration de l’exposition organisée par le Musée du Judaïsme et le Conseil Régional de l’Ordre des Architectes du Centre. Une occasion pour marquer dignement le passage d’un visionnaire de l’architecture moderne marocaine mais aussi pour réunir la communauté juive et musulmane en mémoire de leur compatriote, figure du patrimoine humain marocain et mondial.

Immense architecte et homme de grands engagements, s'il n'est plus parmi nous aujourd'hui, Elie Azagury restera l’un des visages les plus marquants de l’architecture marocaine depuis plus de 60 ans. Maître d’œuvre de nombreuses réalisations, tant dans le domaine privé, que dans les secteurs public et semi-public, Elie Azagury a notamment participé aux grands chantiers des années cinquante.  On lui doit, également, la réalisation du plan d’urbanisme et de construction de logements sociaux du projet Derb Jdid (actuellement quartier Hay Hassani), première expérience d’habitat social en immeubles, au Maroc, que l’on a généralisé à l’époque  d’Ecochard.
Rachid Khayatey, promoteur immobilier n’oublie pas de préciser qu’ Azagury était précurseur et visionnaire par cette expérience, il ajoute, également, qu'il est le meilleur ambassadeur du mouvement architectural moderne marocain qui, grâce à lui, a pu avoir un rayonnement international.
Azelarab Benjelloun, ne manquera pas de  mettre en exergue l'esprit du militant qui a toujours animé "ce grand architecte" dans sa quête pour développer un paysage urbain agréable. Pour lui, tout ce qu'Azagury a accompli dans ce sens, il l'a fait avec "force, courage et engagement".

Il est également à l’origine, en 1968, du développement touristique des côtes du nord par l’aménagement du premier complexe touristique et balnéaire à Cabo Négro. Sa volonté était de faire une véritable ville de tourisme pleinement intégrée dans son contexte. Ce projet n’a pas eu le succès qu’il espérait, mais néanmoins, fût le départ du développement immobilier touristique que connaît le Maroc, aujourd’hui. Il a également participé, auprès de Jean-François Zevaco, à la reconstruction de la Ville d’Agadir, après le séisme de 1961. Elie Azagury était également très proche des valeurs sociales et est l’auteur de commandes pour la communauté juive, chrétienne et Musulmane

Cette exposition qui était planifiée de son vivant, retrace,  à travers ses œuvres, la cohabitation "exemplaire" entre juifs et musulmans au Maroc."C'était un homme de réalisation, de principe, qui a consacré toute une vie à faire de l'architecture militante", affirme son ami Simon Lévy, secrétaire général de la Fondation du Patrimoine Culturel Judéo-Marocain. Pour l'architecte Aimé Kakon, l'architecture d'Elie Azagury "n'était pas importée mais adaptée à la lumière, au climat, au mode de vie des Marocains". "Cette école nous a inspiré de l'enthousiasme qui nous a aidé à nous débarrasser peu à peu de cette timidité qui paralysait notre main et donnait de la simplicité à nos traits et à nos lignes, nous qui étions encore débutants".

Cette figure emblématique de l’architecture moderne a laissé, non seulement, un patrimoine architectural derrière lui mais a marqué, à jamais, nos mémoires d’une encre indélébile.

Au revoir Elie….

Valérie Moeyensoon

 
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